Pénuries de médicaments: Pourquoi y en a-t-il autant et comment les prévenir?

Pénuries de médicaments: Pourquoi y en a-t-il autant et comment les prévenir?

août 21, 2019 0 Par admin
Relocaliser en France ou en Europe la production de certains médicaments pourrait permettre de lutter contre les pénuries fréquentes qui touchent de nombreux médicaments, donc de nombreux patients. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
  • En 2018, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a reçu 868 signalements de tensions ou de ruptures d’approvisionnement de médicaments.
  • C’est vingt fois plus qu’il y a dix ans.
  • En cause : la délocalisation de la production de la majorité des médicaments tombés dans le domaine public, qui sont les plus couramment utilisés par les patients.

Antibiotiques, vaccins, corticoïdes, traitements contre l’hypertension, l’épilepsie ou encore contre le cancer : les tensions et ruptures d’approvisionnement touchent des centaines de médicaments et, par ricochet, de nombreux patients et patientes privés de leur traitement. Face à ce phénomène chronique, une vingtaine de
médecins et professeurs hospitaliers ont signé ce dimanche une tribune dans le JDD. « Très rares il y a une dizaine d’années, les pénuries de médicaments se multiplient. En 2018, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), on a noté 868 signalements de tensions ou de ruptures d’approvisionnement dont les malades sont les premières victimes lorsque cela concerne des médicaments d’intérêt thérapeutique majeurs (MITM) pour lesquels il n’y a, le plus souvent, pas d’alternative efficace disponible. C’est 20 fois plus qu’en 2008 (44 signalements) ». Comment expliquer ce phénomène chronique qui empire d’année en année ?

La production de médicaments délocalisée

Il y a encore une quinzaine d’années, les pénuries de médicaments étaient des phénomènes ponctuels, peu courants. Mais ça, c’était avant. Avant que les grands groupes pharmaceutiques – américains et européens — ne délocalisent la production d’un grand nombre de médicaments hors de l’Union européenne, principalement du côté de l’Inde et de la Chine, dans le but de baisser les coûts de production.

« Ces pays sont aujourd’hui les premiers fournisseurs mondiaux des principes actifs entrant dans la composition de médicaments dont le prix de vente est peu élevé, mais qui comptent parmi les plus utilisés par les patients », explique à 20 Minutes le Pr François Bricaire, chef du service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris et signataire de la tribune. « Ils produisent les principes actifs de 80 % des médicaments passés dans le domaine public » (lorsque le brevet d’un médicament tombe dans le domaine public, le laboratoire découvreur de la molécule en perd l’exclusivité commerciale), poursuit-il. Et le reste ? « Les pénuries ne touchent pas les très chères innovations thérapeutiques mais des médicaments peu coûteux qui, bien qu’anciens et tombés dans le domaine public, constituent toujours l’essentiel de la pharmacopée », déplorent les signataires de la tribune.

Des pénuries lourdes de conséquences pour les patients

Résultat : aujourd’hui, près d’un Français sur quatre est touché par les épisodes fréquents de pénuries de médicaments. Cancer, endométriose,
hypertension ou encore épilepsie : les médicaments permettant de traiter ces maladies sont concernés par ces ruptures ou tensions d’approvisionnement. Les plus chanceux parviennent, en faisant le tour des pharmacies de leur région, à trouver le traitement qu’ils prennent au quotidien.

Mais tous et toutes n’ont pas cette chance. Parmi les médicaments en rupture de stock : l’Immucyst, un traitement formulé à partir du vaccin BCG utilisé pour prévenir les risques de récidives du cancer de la vessie. Pour les patients privés de ce traitement, le risque de récidive est multiplié par trois et le nombre d’ablations de la vessie a quant à lui été multiplié par 4,5, selon les résultats observés par Marc Colombel, professeur d’urologie à l’hôpital Edouard-Herriot de Lyon. 

De son côté, l’Institut national du cancer, qui souligne qu’une quarantaine de médicaments essentiels en cancérologie font l’objet de tensions importantes, estime que ces pénuries pourraient « conduire à des décès prématurés ».

Selon l’Institut National du Cancer @Institut_cancer, une quarantaine de médicaments essentiels en #cancérologie font l’objet de tensions importantes, qui pourraient « conduire à des décès prématurés ». #ALERTE #medicaments #penurie https://t.co/9ehelMEc3L

— la Ligue contre le cancer (@laliguecancer) August 19, 2019

« Gérer les pénuries ne suffit pas, il faut les prévenir »

Début juillet, la ministre de la Santé Agnès Buzyn présentait sa feuille de route destinée à enrayer le phénomène de
pénuries chroniques de médicaments. « Aujourd’hui, les politiques existantes consistent à gérer les épisodes de pénuries de médicaments, observe le Pr Bricaire. Mais nous devons aller beaucoup plus loin et prévenir ces pénuries, en étant maîtres de notre production médicamenteuse », prescrit-il. Pour la vingtaine de médecins et professeurs signataires de la tribune, la priorité est de « constituer des stocks des médicaments les plus essentiels et régulièrement soumis à des pénuries », expose-t-il.

Des préconisations qui rejoignent celles formulées par la mission d’information du Sénat sur la pénurie de médicaments et de vaccins. Dans son rapport publié en octobre dernier, la mission proposait de « relancer une production pharmaceutique de proximité par la mise en place, expérimentale, d’exonérations fiscales ciblées au bénéfice d’entreprises s’engageant sur des investissements pour l’implantation en France de sites de production de médicaments ou de substances pharmaceutiques actives essentielles pour la sécurité sanitaire européenne, assorties de contreparties exigeantes ». Dans le document, qui sert de base à la feuille de route de la ministre de la Santé, les sénateurs appellent aussi à « responsabiliser les industriels », au moyen d’une plus grande « transparence sur l’historique de leurs ruptures » et « en sanctionnant financièrement les laboratoires qui n’assureraient pas un approvisionnement approprié et continu du marché français ».


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